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UN AUTRE REGARD SUR LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES

Publié le : 2020-11-12 a 00h00 | Catégorie : Paroisses, Catéchèse, Diocèse

Crédit photo: Ricardo Gomez Angel / Unsplash

Dans ma jeunesse, j’ai été pensionnaire chez les Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie – une communauté présente dans les petits villages de Lanaudière – durant trois années d’études au secondaire. J’y ai rencontré des femmes intelligentes et humaines. J’ai été membre de cette même communauté durant vingt ans.

Je me souviendrai toujours de mon premier Noël. Après une belle messe de minuit , nous devions entrer en silence dans nos cellules, sans réveillon, sans échange de cadeaux… Nous avions de la peine en pensant à nos familles qui fêtaient. On avait vingt ans… Alors la maîtresse des novices, rompant la loi du silence a pris le temps de jaser avec nous. Quelle humanité!

J’ai vécu des bons moments de fraternité dans les visites entre les communautés locales, les rencontres du dimanche où nous chantions autour du piano. J’y ai appris toutes les chansons de Leclerc, Vigneault, Léveillé, Renée Claude… Moi, qui ne suis pas particulièrement en voix, j’ai même fait partie d’une chorale où nous apprenions le chant grégorien pour la messe du dimanche.

La vie communautaire n’était pas toujours facile, mais le sens de l’humour aidant, nous parvenions à vivre de façon harmonieuse, en pratiquant le respect de l’autre. Chez les Sœurs, j’ai fait une découverte qui m’a marquée. À la maison, mes parents ne se souciaient malheureusement pas de nous faire des compliments; quand nous agissions correctement, c’était chose normale; quand nous étions en tête de la classe pour les notes, c’était chose normale; sinon, c’est qu’il y avait eu laisser-aller.

C’est en communauté qu’à mon grand étonnement, j’ai découvert que j’étais intelligente. Les sœurs appréciaient mes traits d’esprit et mes réparties. Malgré leur effort à nous former à l’humilité ( j’ai vécu cela comme un jeu), j’ai toujours senti qu’elles m’appréciaient, et elles ont toujours favorisé le développement des talents de chacune.

J’ai étudié au Collège de Joliette en Belles-Lettres, Rhétorique, Philo I et Philo II, chez les Clercs de Saint-Viateur, avec des professeurs très compétents. Cet endroit a été un foyer de culture dans tous les domaines. Je pense au Père Lindsay, qui a fondé le festival de Lanaudière et son amphithéâtre; je n’ai cessé d’admirer sa patience et sa foi en la capacité d’apprendre des gens; il a persévéré malgré le peu d’assistances aux premières soirées musicales. Je pense au Père Boucher, qui a mis sur pied le Musée de Joliette; au Père Brunelle, qui a enseigné le violon à plusieurs jeunes, dont Angèle Dubeau; au Père Majeau, artiste et auteur de plusieurs livres… Sans eux, quel aurait été le niveau de la culture dans mon coin de pays ?

J’ai eu la chance de connaître les Sœurs de la Providence, qui assuraient la direction de l’hôpital Saint-Eusèbe, à Joliette. Ou les Sœurs de la Miséricorde, qui ont donné leur vie pour les jeunes mères; elles accueillaient celles dont les familles avaient honte; j’en connais qui accompagnaient des jeunes filles, au jour où elles allaient se faire avorter, parce qu’il n’y avait ni parent, ni copain pour le faire.

J’ai laissé ma communauté depuis quelques décennies, mais je suis toujours restée en contact avec plusieurs de ses membres, et c’est toujours un plaisir de nous rencontrer. Je suis impressionnée par le respect qu’elles mettent à prendre soin de leurs personnes âgées. Ce pourrait être un beau modèle à adopter dans les CHSLD.

Dernièrement, je suis allée visiter une de mes anciens professeurs à la résidence. Elle avait 103 ans, et venait d’aller se faire coiffer. Elle était belle, propre et joyeuse. Je sentais les employé-es heureux de travailler à cet endroit.

Quand j’ai œuvré au Carrefour Familial Hochelaga, nous étions soutenus financièrement par les communautés religieuses, et je pouvais demander des conseils de gestion aux communautés présentes dans le quartier. Beaucoup de celles-ci ont été présentes dans les groupes populaires de différentes façons : création des associations, soutien à d’autres groupes, participation à des activités d’animation, à des conseils d’administration, à des manifestations ou contestations organisées par les groupes populaires. Elles étaient là, membres discrets, dont le soutien était essentiel à l’existence et à la survie de ces groupes.

Je me demande parfois si je suis la seule de ma génération à avoir été témoin de l’autre côté de la médaille. Je pense que les communautés religieuses font partie d’une société où il y a le meilleur et le pire. Il y a aussi une Église détentrice de tous les pouvoirs et une Église au service de la communauté.

Lucie Lépine